Sommaire
Les systèmes de connaissances et les systèmes alimentaires autochtones sont interdépendants, se soutiennent mutuellement et reposent sur des responsabilités qui relient les Autochtones à la Terre, à l’Eau ainsi qu’aux êtres apparentés vivants et non vivants. Les systèmes de connaissances autochtones (SCA) sains sont favorisés par la reconnaissance et le respect des droits, de la souveraineté, de la gouvernance et de l’autodétermination des peuples autochtones. Les SCA sains dépendent de l’accès aux territoires, de l’apprentissage intergénérationnel, de la continuité des langues, du bien-être individuel et communautaire, de même que de la résurgence culturelle des peuples autochtones. Les systèmes alimentaires autochtones sains découlent quant à eux de ces systèmes de connaissances et les renforcent; ils permettent aux Autochtones de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur communauté de manière autonome. Lorsqu’ils bénéficient d’un soutien approprié, ces systèmes génèrent des retombées sociales, environnementales, économiques et culturelles.
Malgré la reconnaissance croissante des connaissances autochtones dans les politiques nationales et internationales, les structures de gouvernance fédérales continuent de fonctionner dans des cadres coloniaux. Les mécanismes existants considèrent généralement les connaissances autochtones comme une source d’information, sans toutefois partager le contrôle ni permettre un réel pouvoir décisionnel autochtone. Par conséquent, l’intégration de ces connaissances demeure souvent extractive et procure peu, voire aucun bénéfice réciproque aux communautés qui en sont détentrices. Une véritable mise en relation des systèmes de connaissances exige un apprentissage institutionnel ainsi que des changements transformateurs au sein des gouvernements et de la société dans son ensemble.
Le rapport intitulé Systèmes de connaissances autochtones et souveraineté alimentaire examine les outils et les stratégies disponibles pour transformer les politiques et la gouvernance de façon à faire progresser les priorités autochtones et à mettre en relation les systèmes de connaissances occidentaux et autochtones au bénéfice de tous. Le rapport fournit un contexte contemporain et historique essentiel, présente les principales qualités et caractéristiques des systèmes alimentaires et des systèmes de connaissances autochtones sains et souverains, et met en lumière des initiatives dirigées par des Autochtones qui favorisent la souveraineté alimentaire de ces derniers.
La question
Comment les politiques et la gouvernance peuvent-elles promouvoir la science autochtone de façon à faire progresser les priorités autochtones et à générer des bénéfices réciproques pour l’ensemble des communautés canadiennes, tout en répondant aux objectifs sociaux, environnementaux et économiques du Canada?
Commanditaire
Groupe interministériel sur les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques autochtones (STIM-A) hébergé par Agriculture et Agroalimentaire Canada
Ministères et organismes de soutien : Agence canadienne d’inspection des aliments, Environnement et Changement climatique Canada, Pêches et Océans Canada, Santé Canada, Ingenium, Cercle du savoir sur l’inclusion autochtone, Conseil national de recherches Canada, Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, Ressources naturelles Canada et Agence de la santé publique du Canada.
Ce projet a été soutenu par le gouvernement du Canada, par l'intermédiaire du Fonds stratégique des sciences.
Principales constatations
Le soutien aux SCA est indissociable du soutien aux droits, aux responsabilités, à la souveraineté et aux relationnalités autochtones. Les politiques qui se limitent à intégrer les connaissances autochtones sans partager le pouvoir sont insuffisantes et risquent de perpétuer des dynamiques extractives. Il est temps d’adopter une gouvernance transformatrice fondée sur la réciprocité, le respect et l’établissement de relations à long terme. Un cadre reposant sur des investissements fondamentaux, des relations réciproques et un pouvoir partagé peut favoriser des mécanismes de gouvernance mutuellement bénéfiques. Lorsque les systèmes de connaissances autochtones – et les systèmes alimentaires qu’ils soutiennent – sont sains et souverains, ils génèrent des retombées sociales, environnementales, économiques et culturelles pour l’ensemble de la population du Canada.
- Partir sur de bonnes bases : les fondements de la mobilisation. Une relation saine entre les peuples autochtones et le gouvernement du Canada commence par la reconnaissance des droits des Autochtones et par la prise en compte des inégalités structurelles : conditions de vie dangereuses, accès limité aux territoires traditionnels, pauvreté, racisme systémique, violence fondée sur le genre, insécurité alimentaire et perte des langues et de la continuité culturelle. Le soutien apporté par les politiques commence donc par des investissements fondamentaux qui renforcent le bien-être des Autochtones, notamment par l’amélioration des infrastructures, du logement, des services de santé, de l’éducation, de l’accès à l’eau potable, de l’apprentissage sur le territoire et des systèmes alimentaires durables. Il passe également par la protection des droits des Autochtones, notamment les droits de récolte et le droit à l’autodétermination, par la reconnaissance de la souveraineté autochtone et par la garantie d’un accès sécuritaire aux territoires traditionnels pour les activités de récolte, les cérémonies et les pratiques culturelles.
- Établir des relations avant la prise de décision. Les politiques et les mécanismes de gouvernance qui favorisent l’établissement de relations plutôt que la seule consultation contribuent à une collaboration véritable. Cela exige de consacrer du temps à l’établissement de relations de confiance, au dialogue et au développement d’une compréhension commune; de respecter les protocoles, les cérémonies et les lois autochtones qui encadrent le partage des connaissances; et de reconnaître la diversité des visions du monde, notamment en ce qui concerne les relations, la spiritualité et les responsabilités envers la Terre, l’Eau et les relations de parenté. Ce travail relationnel constitue un préalable essentiel à l’établissement de partenariats fructueux, en favorisant la confiance et des bénéfices réciproques.
- Reconnaître les connaissances autochtones comme étant plus que de simples données. Les cadres fédéraux actuels traitent souvent les connaissances autochtones comme de l’information pouvant être extraite, traduite et intégrée aux processus occidentaux, une approche qui témoigne d’une méconnaissance fondamentale des systèmes de connaissances autochtones. Les SCA sont relationnels, spirituels, expérientiels et contextuels. Ils sont intimement liés à la Terre, à la langue, aux cérémonies et aux relations de parenté, et constituent des façons d’être, de connaître et de faire incarnées par les personnes et les communautés plutôt que des éléments pouvant en être dissociés. Les politiques et les mécanismes de gouvernance efficaces doivent donc aller au-delà de l’extraction d’information et plutôt préserver l’intégrité des systèmes de connaissances dans leur ensemble.