Le 12 septembre 2016, le CAC a atteint un jalon important : le dixième anniversaire de la parution de son premier rapport, L’État de la science et de la technologie au Canada. Ce rapport mettait en évidence plusieurs domaines des S-T où le Canada excellait et ses constats ont directement été utilisés par le gouvernement fédéral pour établir les domaines prioritaires de sa stratégie en S-T de 2007. Mais le parcours, de la publication du rapport à la formulation de la politique, ne s’est pas fait en ligne droite. La raison en est que l’élaboration d’une politique scientifique et le recours à la science pour élaborer une politique sont rarement chose simple; elles posent en fait souvent plusieurs difficultés.Lorsqu’il a annoncé son engagement d’envoyer des astronautes sur la Lune, John F. Kennedy a déclaré : « Nous choisissons de nous rendre sur la Lune. Nous choisissons de nous rendre sur la Lune au cours de cette décennie et de faire les autres choses, non parce qu’elles sont faciles, mais parce qu’elles sont difficiles, parce que cet objectif servira à organiser et à mesurer le meilleur de nos énergies et de nos compétences, parce que ce défi en est un que nous acceptons volontiers, un que nous refusons de reporter et un que nous entendons relever avec succès, tout comme les autres. »Cette citation du président Kennedy a été analysée sous toutes ses coutures. Plusieurs la considèrent comme un bon exemple de la façon appropriée d’établir une politique : énoncer un objectif clair (« se rendre sur la Lune »), la justification de cet objectif (« organiser et mesurer le meilleur de nos énergies et de nos compétences ») et un échéancier pour sa réalisation (« au cours de cette décennie » – plus loin il dit, « avant la fin de la décennie »). Mais personne ne croit que tout se résume à cela. On ne peut assimiler l’acte d’élaborer une politique à celui d’assembler quelques ingrédients pour préparer un gâteau : objectif + justification + échéancier = politique. Il y a une foule d’obstacles politiques, économiques et logistiques à franchir, dont plusieurs changent avec le temps. Et ensuite, il y a la question des données probantes, ou preuves, nécessaires pour étayer chaque élément de ce processus : les preuves qui sous-tendent la proposition, la faisabilité économique, les justifications éthiques et la confiance du public. Parfois, les preuves abondent, parfois elles se font plus rares et parfois elles sont contradictoires. On ne prépare jamais deux politiques de la même façon.
Forts de l’expérience tirée d’une décennie d’évaluations (un morceau de gâteau d’anniversaire serait vraiment d’occasion), nous savons bien que le processus politique est un chantier permanent. Il est donc important de chercher à l’améliorer. Il faut entre autres pour cela réfléchir à ce qui constitue une (bonne) preuve, aux moyens qui peuvent être utilisés pour évaluer différents types de preuve, aux meilleures pratiques en vigueur pour présenter les preuves aux décideurs et au public et à la façon d’évaluer les réussites et les échecs.
Toutes ces questions et ces idées seront abordées lors du second Symposium annuel sur la prise de décision fondée sur les preuves, qui se tiendra le 8 novembre, à Ottawa, dans le cadre des activités qui précéderont la Conférence sur les politiques scientifiques canadiennes. Le CAC et ses trois académies membres – la Société royale du Canada, l’Académie canadienne du génie et l’Académie canadienne des sciences de la santé – sont fiers d’être les hôtes de cet événement. Globalement, le symposium permettra aux participants d’examiner quels moyens peuvent être utilisés pour faire passer de la théorie à la pratique l’élaboration des politiques fondées sur des données probantes.
J’espère qu’au cours de ces discussions, nous saurons nous motiver les uns les autres à cerner la profonde utilité des preuves, non seulement leur validité, et découvrir comment rendre encore plus pertinentes les approches suivant lesquelles nous fournissons des preuves aux décideurs pour leur rendre le meilleur service possible. Je vous invite à venir relever ce défi avec nous. La journée s’annonce très instructive, ne serait-ce qu’avec la quinzaine de conférenciers et de panellistes éminents qui seront présents. Cliquez ici pour vous inscrire au symposium.
J’ai très hâte de poursuivre cette conversation. Comme toujours, vous pouvez communiquer avec moi par courriel ou Twitter, aux adresses respectives eric.meslin@scienceadvice.ca et @emmeslin.