DANS CETTE ÉDITION

Pour beaucoup, les nouvelles années sont moins synonymes de nouveaux départs que de vision claire. Elles offrent la possibilité de faire une pause et de voir des schémas qu’il était difficile de reconnaître dans la vie de tous les jours. À l’heure actuelle, ces schémas (accélération technologique, surcharge d’informations, déferlements de mésinformation et pression croissante sur la confiance du public) convergent de manière à remodeler la façon dont nous nous comprenons nous-mêmes, dont les politiques sont élaborées et dont les données probantes doivent être mises au service de ces politiques.
Dans un monde où la confiance dans les institutions du savoir est de plus en plus fragile, l’approche du Canada en matière de données probantes et de prise de décision est essentielle pour sa crédibilité, son influence et sa réputation, tant au niveau national que mondial.
Au cours de l’année écoulée, j’ai eu de nombreuses conversations avec des décideurs politiques, des scientifiques et des leaders de tous les secteurs. Ce qui me frappe, ce n’est pas le manque d’informations ou de bonnes idées, mais bien le contraire. Nous vivons au milieu d’une explosion de données, d’analyses et d’opinions. Le défi consiste à donner un sens à tout cela, sous pression, et de manière à ce que soient prises des décisions auxquelles les gens peuvent se fier.
C’est là que des institutions comme le CAC prennent toute leur importance.
Le but du CAC est plus facile qu’il n’y paraît : transformer le flot d’informations incessantes en connaissances utilisables. Le travail de nos comités consiste à interpréter des analyses disparates, en synthétisant de multiples types de preuves, en les soumettant à des tests de résistance par le biais de délibérations d’experts pluridisciplinaires et en les présentant de manière à clarifier les échanges plutôt qu’à les obscurcir. Dans un monde de plus en plus façonné par l’intelligence artificielle, ce rôle devient plus que jamais important.
L’année écoulée a été une année charnière pour le CAC. L’engagement du gouvernement fédéral par l’intermédiaire du Fonds stratégique des sciences apporte la stabilité nécessaire à notre travail. Mais la stabilité, si elle a un sens, devrait permettre l’évolution. Et l’évolution est précisément ce que cet instant exige.
Aujourd’hui, les questions politiques changent plus rapidement, sont plus interconnectées et plus internationales qu’il y a encore dix ans. Elles traversent les juridictions et les secteurs, et s’entrecroisent avec des technologies qui évoluent en quelques mois, et non en quelques années. Cela signifie que pour rester utiles, les institutions du savoir doivent adapter leur mode de fonctionnement sans compromettre leur indépendance, leur rigueur ou la confiance qui leur est accordée.
Cela signifie également qu’il faut se confronter directement à l’IA, non pas comme un substitut au jugement des experts, mais comme un outil qui, lorsqu’il est manié avec prudence, peut le renforcer. L’IA a un potentiel extraordinaire pour accélérer l’accès à la recherche et analyser de vastes corpus littéraires. Utilisée correctement, elle peut élargir le champ des possibles en matière de synthèse des données et aider les décideurs à avoir une vision du paysage plus claire et plus rapide que jamais auparavant.
Mais l’IA montre aussi clairement que les preuves seules ne suffisent pas à élaborer une politique. Le contexte, le jugement, les idées et les valeurs influencent tous la prise de décision politique. Les grands modèles de langage peuvent résumer, regrouper et faire des prédictions, mais ils peinent à peser le pour et le contre, à interpréter l’incertitude ou à comprendre comment les décisions s’inscrivent dans les réalités vécues. Sans une surveillance attentive, l’IA peut induire en erreur, atténuer les nuances, accroître les préjugés ou créer un faux sentiment de certitude.
L’année dernière, j’ai également eu l’occasion de rencontrer des leaders de la communauté philanthropique canadienne, dont plusieurs partagent un intérêt profond pour le renforcement du rôle des données probantes dans la résolution de problèmes complexes qui ont des conséquences concrètes sur la population, les communautés, l’environnement et l’économie du Canada. Ces conversations ont renforcé la valeur que les fondations peuvent apporter aux côtés des gouvernements, en soutenant des travaux transversaux à long terme, en encourageant la collaboration entre les secteurs et en contribuant à entretenir une réflexion approfondie dans des domaines où les questions politiques évoluent rapidement.
Je vois un réel potentiel dans la mobilisation d’un plus large éventail de ressources autour d’objectifs communs pour le Canada. Il ne s’agit pas de modifier le rôle ou le mandat du CAC, mais de compléter l’investissement public par des partenaires engagés dans le bien public et la prise de décision fondée sur des données probantes. En alignant le gouvernement, la philanthropie, les experts et les institutions sur des priorités communes, nous pouvons étendre la portée et l’incidence des données indépendantes et contribuer à faire en sorte que le Canada soit bien équipé pour relever les défis et saisir les occasions qui se présenteront à lui.
Je suis confiant, grâce à la communauté qui soutient ce travail. L’influence du CAC repose sur les bénévoles qui mettent à disposition leurs connaissances et leur expérience, sur les partenaires qui s’engagent de bonne foi et sur le personnel qui clarifie ce qui est complexe. Ensemble, ils représentent un modèle canadien unique de preuves au service du bien public.
C’est un dialogue que j’ai hâte de poursuivre avec nos partenaires au Canada et à l’étranger.
president@cca-reports.ca

Il y a plus de dix ans, le CAC s’est penché sur la culture scientifique au Canada, et nous nous en sortions plutôt bien. Depuis lors, le contexte a profondément changé.
L’IA façonne désormais la façon dont les gens s’informent, la mésinformation se propage plus rapidement que les faits, la confiance dans les institutions est sous pression, et le rôle que jouent les données probantes dans les décisions touchant à la santé, la sécurité et la prospérité du Canada fait l’objet d’un examen de plus en plus minutieux.
De nouveaux documents de discussion d’Actua suggèrent que la culture scientifique d’aujourd’hui va bien au-delà de l’alphabétisation, de la connaissance ou de l’intérêt. Il s’agit de savoir qui participe à la science, qui en bénéficie, comment la confiance est établie et comment les preuves sont comprises et utilisées dans des contextes réels.
Pourquoi cette question est-elle importante aujourd’hui?
Si la culture scientifique sous-tend la capacité du Canada à relever des défis complexes et mondiaux tels que les changements climatiques, la santé publique et les technologies émergentes, alors il est important de comprendre son état actuel. En l’absence d’un tableau partagé et contemporain, il est difficile de savoir ce qui fonctionne, où les écarts sont susceptibles de se creuser, ou comment la science influence la prise de décision quotidienne dans tout le pays.
Le réexamen de ces questions par Actua nous pousse à repenser à la fois les définitions et les mesures, ce qui nous rappelle que les indicateurs d’hier peuvent ne plus refléter les réalités d’aujourd’hui.
Retrouvez-nous pour poursuivre ce dialogue le mardi 3 février à 13 h HNE : Suzi Loney, directrice de recherche au CAC, se joindra à un comité de collègues lors d’un webinaire organisé par le CPSC pour explorer l’évolution de la culture scientifique au Canada.

La CAC a récemment annoncé deux nouveaux projets : Amélioration de l’infrastructure géodésique Canadienne et Portrait de la science citoyenne au Canada.

Au CAC, notre conseil d’administration joue un rôle essentiel pour sauvegarder notre indépendance, renforcer notre influence et garantir que notre travail reste pertinent dans un environnement politique qui évolue rapidement. Nous sommes actuellement à la recherche de nouveaux membres du Conseil d’administration et nous sommes particulièrement intéressés par des personnes ayant une expérience en matière de leadership philanthropique et par celles ayant déjà occupé des postes de haut niveau au sein du gouvernement fédéral.
