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Experte en vedette : Dre Carol P. Herbert, MACSS

Dans ce numéro des Cyber-infos du CAC, nous discutons avec la Dre Carol P. Herbert, MACSS, professeure de médecine familiale à l’Université Western, ancienne doyenne de la Faculté de médecine et de médecine dentaire Schulich à l’Université Western. Au début de sa carrière, la Dre Herbert était médecin de famille et enseignante clinique au centre de santé communautaire REACH, à Vancouver. Elle a été directrice fondatrice du Département de médecine comportementale à l’UCB, cofondatrice de l’Institut de recherche sur la promotion de la santé de l’Université de la Colombie-Britannique (UCB) et professeure de la Légion royale canadienne et directrice du Département de médecine familiale de l’UCB. La Dre Herbert est membre du conseil des gouverneurs du Conseil des académies canadiennes.Pourquoi le CAC est-il pertinent, selon vous?

Le CAC rassemble des sommités canadiennes et étrangères très réputées et compétentes dans les domaines des sciences, des humanités, du génie et de la santé qui, en se fondant sur les données probantes disponibles, donnent leur avis sur des questions essentielles au développement et à la prospérité du Canada. Le large éventail de rapports produits à ce jour par le CAC témoigne de la portée et de l’envergure des champs d’intérêt du CAC et de ses académies membres.

En tant qu’une des deux membres de l’ACSS au conseil des gouverneurs du CAC, quel type de rôle espérez-vous jouer?

Je veillerai à ce que le conseil des gouverneurs soit conscient des réalisations et des préoccupations de l’Académie canadienne des sciences de la santé ainsi que des incidences que les décisions du conseil peuvent avoir sur l’ACSS. J’espère aussi promouvoir la collaboration entre les trois académies membres.

Pourriez-vous nous faire part d’un ou deux faits saillants de votre carrière?

J’ai établi ma pratique dans un centre de santé communautaire de l’est de Vancouver, espérant un jour entreprendre une spécialisation, parce qu’on m’avait dit, alors que j’étais étudiante, que je ne devais pas me contenter d’être « seulement un médecin de famille ». J’ai en revanche découvert que j’adorais être médecin généraliste, une profession qui touche à une large gamme de champs d’intérêt, où l’on doit mettre à profit plusieurs compétences et avoir le bon réflexe de collaborer et de faire appel aux autres lorsque le besoin s’en fait sentir. En tant que médecin de famille, j’ai exercé dans tous les domaines de soins (y compris l’obstétrique et les soins hospitaliers), tout en faisant de l’enseignement et de la recherche communautaire dès le début de ma pratique. Lorsque je me suis tournée vers une carrière universitaire 11 ans plus tard, c’était parce que je voulais développer mon enseignement et ma recherche pour exercer une influence encore plus grande. J’ai continué d’exercer comme médecin de famille tout au long de mon mandat à titre de directrice du Département de pratique familiale à l’UCB, jusqu’à ce que je quitte la province pour occuper un poste de doyenne à l’Université Western.

Alors que j’étais doyenne de la Faculté de médecine et de dentisterie Schulich de l’Université Western, j’ai intégré la notion de responsabilité sociale à la mission de la Faculté. Un des axes majeurs de cette mission est de garantir à la population l’accès à un médecin, que ce soit dans le sud-ouest de l’Ontario ou ailleurs au Canada. J’ai dirigé la mise sur pied du Southwestern Ontario Medical Education Network (SWOMEN) et j’ai aidé à fonder un second campus médical à Windsor et à élargir notre réseau éducatif en milieu rural et en région. Cela a permis d’accroître le nombre d’admissions à l’Université de 96 à 171 étudiants en médecine annuellement et d’étendre la formation en résidence à l’ensemble de la région. Nous avons aussi établi un programme très efficace pour intéresser les Autochtones à la profession et les soutenir dans leurs études.

Ma passion a été, et est toujours, de promouvoir le mentorat des étudiants de tous les niveaux auprès des dirigeants universitaires, particulièrement dans les domaines de l’éducation et de la recherche en santé. J’ai eu le privilège de créer un précédent en devenant la première femme à diriger une Faculté de médecine familiale et une des deux premières doyennes de médecine au Canada. J’ai été soutenue par des mentors exceptionnels et je tiens à « donner au suivant » en servant d’exemple et en assistant les autres quand je le peux.

À titre de membre affiliée du Département des études féminines et de la recherche féministe de l’Université Western, avez-vous des idées sur la difficulté à attirer et à retenir les étudiantes et les chercheuses dans les domaines des STGM (sciences, technologies, génie et mathématiques), tels que le génie?

J’ai récemment terminé une étude de cas avec deux collègues sur la transformation d’un département de chirurgie qui ne comptait qu’une seule femme pour 60 membres, en un département plus respectueux de la vie de famille. Aujourd’hui, 14 femmes sur 80 membres y travaillent dans toute la gamme des sous-spécialités exercées. Les jeunes hommes et femmes médecins ont indiqué qu’ils se sentaient encouragés par la vision de la personne responsable du département, par l’exemple des personnes qui réussissaient à trouver un équilibre dans leurs vies complexes, par les innovations administratives, telles que le retardement des décisions de promotion et de titularisation lors des congés de maternité, et les heures de disponibilité plus flexibles. Les médecins universitaires ont toujours de la difficulté à jongler avec leurs objectifs personnels de conciliation travail-vie, particulièrement au début de leur carrière, au moment où ils établissent leur pratique ainsi que leur dossier académique d’enseignants et de chercheurs. La pression est particulièrement forte pour les femmes qui décident d’avoir des enfants. Il reste à voir si certaines des plus récentes recrues abandonneront leur carrière universitaire pour se consacrer « uniquement » à concilier pratique et famille.

Je ne pense pas que la situation soit fondamentalement différente pour les femmes en génie. Il faut un nombre suffisant d’exemples au sein d’une profession pour que les femmes se sentent « normales », plutôt que marginalisées, lorsqu’elles doivent faire des compromis afin d’équilibrer leurs engagements. Nous devons reconsidérer les trajectoires de carrière et reconnaître qu’avoir des enfants à un âge plus avancé et interrompre en conséquence sa carrière peut être accommodé, sans induire de sentiment de culpabilité ou dévaloriser l’engagement des personnes qui aiment leur travail — mais également leur famille. Il nous faut des dirigeants universitaires qui considèrent que la rétention est tout aussi importante que le recrutement. Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a de plus en plus de filles et de jeunes femmes qui étudient les mathématiques et les sciences, tout comme il y en a de plus en plus qui jouent au hockey et au soccer. Il faut donc faire en sorte qu’elles puissent s’épanouir professionnellement, maintenant qu’elles sont plusieurs à s’intéresser à ces domaines.

Vous travaillez beaucoup à éduquer non seulement les étudiants, mais aussi la population en général – les patients des hôpitaux, par exemple, et les collectivités autochtones ayant fait l’objet de vos efforts de sensibilisation. Quel regard jetez-vous sur ce type « d’éducation aux STGM » à l’extérieur de la salle de classe?

J’ai le privilège d’être née au Canada, au sein d’une famille qui prisait l’éducation et qui m’a encouragée, à la fois sur le plan moral et sur le plus matériel, à atteindre mes objectifs. Comme médecin, je jouis d’un meilleur revenu que la plupart des Canadiens, ce qui m’a permis de concilier mon travail et ma vie familiale plus aisément que bien des travailleurs et des travailleuses qui sont incapables de se payer des services de garde pour leurs enfants. Je reconnais que je dois mes succès de carrière autant à mes capacités qu’à ma situation. Je considère qu’il est de mon devoir de travailler à niveler les chances de tout le monde. Par conséquent, une approche de recherche participative axée sur l’action et sur le développement des capacités communautaires me plaît, particulièrement lorsque je travaille auprès de populations structurellement défavorisées, telles que les femmes vivant dans la pauvreté ou les collectivités autochtones. De même, j’ai pris l’initiative d’élaborer des programmes qui donnent accès à des soins compatissants à ceux qui sont moins fortunés. Par exemple, il y a le premier programme médical s’adressant aux enfants victimes de sévices sexuels à Vancouver et un service complet pour les victimes d’agressions sexuelles, lequel est toujours offert 30 ans après son démarrage.

Il me plaît toujours d’avoir l’occasion de démystifier la médecine et les soins de santé. Mon espoir est que les personnes avec qui je suis entrée en contact se sentent habilitées à poser des questions, à chercher de nouvelles solutions et à prendre des décisions de santé éclairées. Je sais également qu’au moins quelques personnes qui ne s’étaient jamais imaginé travailler comme professionnels de la santé sont devenues des médecins, des infirmières ou d’autres types de soignants, au moins en partie grâce à notre intervention.

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