« Les lois, c’est comme les saucisses; vaut mieux ne pas être là quand elles sont faites. »Cette phrase célèbre, que le chancelier allemand Otto von Bismarck aurait prononcée en 1868, laisse entendre qu’assister à l’élaboration des politiques serait une chose répugnante, bien que le processus donne naissance à un produit savoureux et commercialisable. Je n’ai jamais aimé cette citation de Bismarck (et aucun indice ne confirme qu’elle serait de lui). Non pas parce que l’élaboration des politiques ne soit pas parfois désagréable à voir – elle peut certainement l’être par moments – mais plutôt parce que la métaphore utilisée est lamentable, en ce qu’elle ne fait aucune allusion aux nombreux attraits que présente le processus d’élaboration des politiques publiques.
Il faut considérer l’élaboration des politiques publiques non pas comme la production industrielle de viande, mais comme de la musique. Au lieu d’imaginer des fragments de viande se faire déchiqueter au moulin pour être ensuite recouverts d’un emballage lisse, pensez aux nombreux types de musique et aux façons dont ils sont composés, présentés et appréciés.
Comme la musique, les politiques se présentent sous différentes formes. Certains politiques ressemblent à une magnifique symphonie : de grands textes législatifs qui mettent en place les mesures qui nous permettront de marcher sur la Lune, de séquencer le génome, de mettre en œuvre de vastes réformes pour corriger des injustices ou de nous mettre sur la voie d’un environnement plus sain qui pourra profiter à plusieurs générations à venir. D’autres politiques sont moins grandioses et davantage orientées vers des goûts et des sujets plus populaires, tout comme le sont les tubes radiophoniques : les décisions concernant la quantité de neige qui doit tomber avant que les villes ne déploient leurs déneigeuses ou celles qui déterminent si des avantages fiscaux doivent être accordés aux équipes sportives pour les inciter à rester dans la ville où elles sont établies. (On pourrait peut-être ici se demander quel serait l’équivalent dans le domaines des politiques publiques de la musique de chambre, du grunge underground ou des chœurs a cappella?)À l’instar de la musique, l’élaboration des politiques se fait à plusieurs : les représentants élus, fonctionnaires, experts, comités, publics divers et militants jouent tous un rôle dans la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques. Chacun d’eux est essentiel. Mais les compétences spéciales, le leadership et la confiance sont tout aussi importants.
Comme pour la musique, l’élaboration des politiques se fait plus ou moins vite (tempo) et ne parvient parfois que difficilement à un accord (harmonie), alors que le désaccord (dissonance) règne initialement. Parfois aussi, il est préférable pour certaines politiques d’attendre que la société soit prête, une stratégie que l’on pourrait assimiler à l’utilisation opportune d’un silence dans une partition musicale.
Voilà l’environnement dans lequel évolue le Conseil des académies canadiennes : au croisement de la science, de la technologie et de l’innovation politique. Nous avons fourni des informations pour aider aider à répondre à de vastes questions, des questions d’envergure même, qui touchent tous les Canadiens – l’état de la science et de la technologie au Canada, les compétences en STGM et la productivité économique et les atouts du Canada en recherche – et sur des sujets, comme les médicaments pour enfants et la sécurité alimentaire dans le Nord du Canada, qui touchent des populations plus précises. Au cours de l’année qui vient, nos travaux porteront en particulier sur la valeur du transport maritime et les besoins de transport d’une population vieillissante et nous réexaminerons l’état de la science et de la technologie et de la recherche-développement industrielle au Canada.
L’orchestre des politiques scientifiques canadiennes compte plusieurs musiciens : d’excellents chercheurs, qui étudient les sciences et les politiques scientifiques; des experts, qui fournissent des analyses détaillées sur les lacunes et les besoins en connaissances; des praticiens, qui appliquent ces informations sous forme de délibérations efficaces; et des évaluateurs, qui savent cerner les incidences et les résultats des politiques. Le CAC sert d’instrument à cet orchestre, fournissant des informations clés qui éclairent le processus décisionnel. Il joue ses propres notes essentielles.
Je suis impatient de vous transmettre davantage d’informations sur le travail du CAC et sur ses efforts visant à répondre aux besoins en évaluations du pays. Merci de votre fidélité.
Eric M. Meslin, Ph. D., MACSS Président-directeur général Conseil des académies canadiennes