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Message du président : Qu’ont à voir les données probantes avec tout cela?

« Le gouvernement s’est engagé à adopter une approche fondée sur les données probantes lors de la prise de décisions. »                                                               — Budget de 2017

Comme beaucoup de nos lecteurs, j’ai été ravi que le gouvernement du Canada s’engage clairement à fonder ses politiques sur ce qu’on sait. Pour être honnête, j’étais également ravi que ces mots collent aussi parfaitement au modèle d’affaires du CAC : nous répondons aux demandes de commanditaires concernant l’évaluation d’informations qui serviront à éclairer des décisions. Les membres de nos comités d’experts se retroussent les manches, plongent dans la littérature pertinente et examinent ce que nous connaissons, comment nous le connaissons et à quel point nous pouvons avoir confiance dans les éléments probants trouvés.

Simple, n’est-ce pas? Trouver des preuves, examiner les preuves, évaluer les preuves et tirer des conclusions à partir de ces preuves (ou de l’absence de preuves).

Peut-être moins simple qu’il ne paraît. Comme Ian Boyd, conseiller scientifique en chef au ministère de l’Environnement, des Aliments et des Affaires rurales du gouvernement britannique, l’a récemment suggéré, les gens n’ont pas tous la même conception de ce qui constitue une donnée :

« Lorsque je pense aux données, je pense en termes de nombres binaires ou hexadécimaux. Cela est révélateur de ma formation, mais je fus surpris lorsque nous avons commencé à discuter des données au Defra, le ministère britannique responsable des aliments et de l’environnement, de découvrir que d’autres personnes se faisaient une conception très différente des données. Tout le monde avait des différentes idées préconçues sur les données. Certaines de ces idées semblaient très confuses. C’était devenu branché de parler de données, mais peu de gens semblaient réfléchir à la nature des données. »

Je pense que M. Boyd touche un point. Son observation rappelle A History of the Modern Fact(Histoire du fait moderne), le livre fascinant de Mary Poovey, qui soutient que même cette unité fondamentale du savoir — le fait — n’est pas aussi « objective » que l’on pourrait penser, découlant de la nécessité politique et économique de la comptabilité en partie double. Les faits, les données et les preuves ne sont pas synonymes, mais ont des significations culturelles, juridiques et morales distinctes. La donnée pourrait constituer l’élément le plus fondamental d’une expérience mesurable, mais ne représente pas grand-chose si elle n’est pas organisée en information interprétée et évaluée. Et le passage de l’information à la connaissance constitue une autre branche épistémique de l’arbre de la vérité.

J’ai abordé le sujet dans mon précédent Message du président dans le contexte de notre évaluation sur l’aide médicale à mourir (AMM). Depuis, le comité d’experts de 43 membres a adopté une approche élargie concernant les preuves, la collecte des données (recherches), l’étude des pratiques utilisées dans les sciences sociales, les normes professionnelles, les énoncés et la littérature connexe. Le comité d’experts sur l’AMM examine aussi actuellement la législation canadienne et étrangère existante et a publié un Appel à contribution pour encourager les organisations concernées par l’AMM à faire part de ce qu’elles savent en la matière. Le comité n’épargne aucun effort pour comprendre ce que l’AMM implique pour la société et pour prendre en considération d’autres types de connaissances lorsque cela est nécessaire et approprié.

D’autres évaluations du CAC nous poussent à élargir la conception que nous pouvons avoir des éléments probants. Notre évaluation sur le maintien de l’ordre dans les collectivités autochtoness’appuie notamment sur d’autres « formes de connaissance » et notre évaluation sur les besoins de transport d’une population vieillissante examine des méthodologies qui s’écartent des approches scientifiques classiques. De même, notre projet sur la gestion intégrée des ressources naturellesse penche sur le savoir traditionnel et examine les manières dont les valeurs et les droits moraux, juridiques et culturels des peuples autochtones influencent leur gestion des ressources.

Le moment est opportun pour un retour des éléments probants sur la scène politique canadienne. Et avec la nomination récente de Mme Mona Nemer à titre de conseillère scientifique en chef, j’ai bon espoir que le Canada continuera de faire entendre sa voix sur l’utilité et l’importance qu’ont les faits au regard de la prise de décisions judicieuses.

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